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Source : Article sur les maladies du pêcheur par le Docteur Alain SIRVEN de Rodez

ASPECTS PATHOLOGIQUES (PROBLEMES MEDICAUX) LIES À LA PRATIQUE DE LA PECHE

INTRODUCTION

Activité de loisir d'apparence tranquille, la pêche, sportive ou non, comporte certains risques souvent minimes, parfois plus graves d'origine différente : traumatisme (chute), tendinite par geste répétitif, infection, et autre. Qui d'entre nous en effet n'a pas un incident ou accident à raconter, de l'hameçon planté à l'entorse, en passant par les tendinites. Cet article a pour but d'évoquer ces risques, ainsi que les possibilités de prévention et de traitement.

LES PROBLEMES OSTEO ARTICULAIRES

Ils sont très fréquents, on distingue les traumatismes c'est à dire les coups liés généralement à des chutes, de ce que l'on appelle les micro traumatismes qui sont en fait la conséquence de gestes répétitifs parfois ou mal fait avec un matériel nouveau ou inadapté, pouvant être aggravés par une maladie existante parfois générale.

Les traumatismes :

Les chutes sont fréquentes souvent bénignes sans conséquence de même que les faux pas liés aux difficultés de marcher avec des bottes et au terrain accidenté des petits ruisseaux. Les traumatismes peuvent intéresser les membres inférieurs, il s'agit essentiellement des entorses de la cheville, du genou. Lors d'un faux mouvement on ressent une douleur avec parfois crar1uement et un gonflement, il peut être alors difficile de regagner son point d'attache. Il est toujours vivement conseillé de préciser à son entourage ou l'on va et grosso modo et vers quelle heure on compte rentrer. Il peut parfois s'agir d'une fracture, qui peut arriver sur un simple faux mouvement notamment à la cheville ou lors d'une chute plus importante en terrain plus accidenté. Les traumatismes peuvent également intéresser les membres supérieurs, il s'agira alors de la main, du poignet notamment les fractures du scaphoïde (petit os du poignet). Les traumatismes de la colonne vertébrale sont beaucoup plus rares et liés en général à une chute très importante. Enfin les traumatismes peuvent occasionner des plaies avec un risque infectieux dont nous reparlerons plus loin.

Les micro traumatismes : tendinite, bursite.

On appelle micro traumatismes des lésions provoquées sur un tendon, un muscle, une articulation ou un groupe d'articulation par des éléments minimes mais répétitifs, comme par exemple le fait de taper avec un marteau pendant 3 heures d'affilée, réalise des micro traumatismes au niveau du poignet et de l'épaule. Lors de la pêche, les micro traumatismes intéressent essentiellement les membres supérieurs main poignet coude épaule, ils sont très fréquents et responsables de tendinite. On retrouve différents facteurs à leur origine : le type de pêche pratiqué, ainsi le lancer, la pêche à la mouche, occasionnent beaucoup plus de tendinites que la pêche au poser du fait de la répétition du geste. On peut voir ces tendinites et douleurs à l'occasion d'un changement de matériel avec utilisation d'une canne plus longue, plus lourde. Le débutant sera également touché par ces douleurs du fait d'un mauvais geste répété qu'il convient de corriger, d'ou l'intérêt d'apprendre avec un bon professeur et ne pas s'entêter avec un mauvais geste. Les tendinites peuvent également être aggravées, déclenchées par une maladie sous jacente ainsi le diabète, la goutte, rendent les tendons plus sensibles de même qu'une infection dentaire. Certains médicaments peuvent donner des tendinites et il faut s'en informer auprès de son médecin traitant. Ces tendinites intéresseront donc le poignet très souvent le coude notamment lors de l'apprentissage de la pêche à la mouche, pêche à l'anglaise avec de très grande canne, également l'épaule, surtout lors des lancers plutôt en mer le geste est plus ample qu'en rivière, ou lors de la pratique débutante de la pêche au saumon au fouet avec les grandes cannes à deux mains. Intervient également bien sur le rythme et la durée des sorties de pêche.

LES PROBLEMES INFECTIEUX

Nous pouvons distinguer les problèmes infectieux non spécifiques correspondant aux plaies en générale griffure, buisson et problèmes infectieux spécifiques liés au milieu aquatique dans lequel le pêcheur évolue.
Les problèmes infectieux non spécifiques : il s'agit essentiellement de plaies, de griffures, des piqûres par buisson. A ce sujet il faut que tout pêcheur doive être vacciné contre le tétanos, de façon efficace c'est à dire la dernière vaccination soit inférieure à 10 ans. Le tétanos est encore une maladie qui tue en France alors que la vaccination est très simple. Il faut nettoyer chaque plaie dés son arrivée car les épineux, ronces, mais également les pierres peuvent avoir été souillées par un animal notamment les rongeurs. On peut évoquer ainsi les tularémies et les pasteurelloses, lymphoréticulose bénigne d'inoculation ou maladie griffe du chat et rickettsiose. La pasteurellose est une maladie qui n'est pas rare, peut succéder à la morsure, griffure d'un chat, d'un chien souvent au niveau de la main mais également par piqûre par une épine végétale notamment lors de la pêche. Quelques heures après la piqûre on retrouve une sensation de fièvre, une sensation générale désagréable, au niveau de la plaie augmentation des douleurs et surtout augmentation de volume et un écoulement de pus. Le traitement doit être très rapide et efficace sinon apparaît une forme plus tardive qui peut retentir sur l'articulation.

La tularémie généralement et principalement transmise en France par le lièvre intéressera plutôt les chasseurs.

La lymphoréticulose bénigne d'inoculation qui est encore appelée maladie des griffes du chat car elle est souvent transmise par une griffure de chat mais elle peut également succéder à une écorchure ou à une piqûre par une épine, des ronces, une écharde. Généralement on voit apparaître dans les semaines qui suivent l'écorchure un ganglion isolé assez important et pas très douloureux parfois s'y associe une éruption cutanée. L'évolution se fait très souvent vers la guérison spontanée parfois suppuration.

Les rickettsioses sont des maladies infectieuses transmises en général par la piqûre d'un arthropode très fréquemment les tiques. La transmission peut se faire par piqûre ou par contact direct avec animaux (ovins, bovins) ou par l'inhalation de poussières infectées. Il y a différentes formes de rickettsioses, en France on en distingue essentiellement deux : la Fièvre, dont la transmission se fait à partir de la piqûre de tique ou par contact direct avec les animaux (ovins, bovins) ou par inhalation de poussières infectées et qui réalise un tableau de grippe apparaissant trois semaines après la piqûre avec de la fièvre des douleurs diffuses et une petite toux. L'autre forme est la plus fréquente surtout chez les pêcheurs c'est la fièvre boutonneuse méditerranéenne qui est transmise par les tiques, on la contracte surtout. L'été, elle est marquée par une fièvre, des maux de tête et une éruption qui commence aux jambes puis atteint tout le corps, avec de petites taches rosées, le tout s'améliore en quelques jours, il faut toujours rechercher la piqûre de la tique qui est une tache noirâtre. Le traitement antibiotique est très efficace.

Les problèmes infectieux spécifiques, essentiellement deux : la Leptospirose et le rouget du porc.

  • Les Leptospiroses, sont des maladies infectieuses professionnelles chez les égoutiers mais parfois rencontrées lors de la pêche. On peut la contracter par contact avec divers animaux surtout les rongeurs, mais aussi les chiens et certains animaux d'élevage, la contamination peut être directe, beaucoup plus souvent indirecte par contact avec l'eau. En effet ce germe survit plusieurs mois dans un milieu humide ou la température ne dépasse pas 30 degrés.

    La transmission se fait à travers la peau par une plaie même bénigne ou par les muqueuses (conjonctives, bouche, nez) . On l'observe surtout en Août et Septembre. En France on trouve plusieurs foyers notamment en Franche Comté, en Aquitaine, Poitou Charente, Midi-Pyrénées, on dépiste 200 cas environ par an. La mortalité est très faible, autour de 1 % c'est une maladie qui peut être grave. On en distingue deux formes : une forme ictérique (avec jaunisse) et forme Anectérique (sans jaunisse) les signes apparaissent 1 à 2 semaines après la contamination de façon brutale avec de la fièvre élevée (40°), avec douleurs musculaires articulaires puis peut apparaître l'ictère, la jaunisse, et une atteinte rénale qui est un élément important de gravité. Il peut il y avoir une atteinte hémorragique, cardiaque, la fièvre diminue quelques jours pour reprendre deux semaines après.

    Il y a des formes sans ictère (sans jaunisse) qui sont de loin les plus fréquentes elles peuvent réaliser un tableau de méningite qui guérit en quelques jours ou de forme uniquement fiévreuse de type grippe d'été et il Y a également des formes tout à fait inapparentes.

    Le traitement doit être institué tôt avec antibiotiques, il faut de façon préventive bien se nettoyer les plaies, et avoir des précautions d'hygiènes pour les baignades. Il existe un vaccin utilisé chez les égoutiers.

  • La maladie du rouget du porc : c'est une maladie infectieuse, par la transmission à l'homme d'un bacille qui peut se retrouver habituellement chez le porc mais aussi les moutons, les volailles les crustacés et les poissons. Elle se manifeste le plus fréquemment par une atteinte cutanée et on la retrouve à la main, elle fait suite à l'inoculation accidentelle par une piqûre d'arrête ou par une petite plaie. Elle apparaît 1 à 2 jours après, la main est très douloureuse on voit une plaque apparaître rouge avec une petite vésicule au milieu, puis cette plaque devient bleue et grandit en tache d'huile sur 5 à 10 jours, son centre devient plus pale cette plaque est très douloureuse et la guérison se fait en 2 à 3 semaines que l'on traitera par antibiotiques.
  • LA PATHOLOGIE TOXIQUE ET DES VENINS

  • Problèmes liés au contact direct par piqûre : les poissons venimeux :
  • Problème lié à la toxicité par ingestion : elle se voit lors de l'ingestion d'organes génitaux, des œufs des femelles et de la laitance des males.

    LES PATHOLOGIES PARASITAIRES

    Dans nos pays tempérés la pathologie parasitaire liée à la pratique de la pêche n'existe pas, elle se voit dans les pays Tropicaux par contact externe . Il faut signaler toute fois la possibilité de maladie parasitaire lors de la consommation de poisson cru lui-même infesté par un parasite.

    LES SERPENTS ET ANIMAUX DANGEREUX

    En France il faut citer essentiellement les serpents notamment les vipères et la couleuvre Aspic dans la région Languedocienne. S'il n'y a pas de risque particulier lorsqu'on est bien chaussé avec des cuissardes de bonne qualité, on risque par contre de mettre la main sur serpent en se dirigeant ou en s'aidant lors d'une prise pour escalader ou franchir un passage. Il faut être très attentif lors de la progression au bord d'une rivière ne pas regarder que l'eau et les postes de poisson mais également les abords les endroits ou l'on met les mains et les pieds ainsi que les branches sous lesquelles on passe.

    Signalons que tous les animaux même domestiques peuvent être dangereux lorsqu'ils se sentent menacés.
    L'ORSQUE L'ON TRAVERSE UN PRES IL FAUT SE MEFIER DES CHIENS DE BERGER, AINSI QUE DES TAUREAUX, DES CHEVAUX ET DES BOUCS.

    LES NOYES

    Les noyades au cours de la pratique de la pêche ne sont pas fréquentes heureusement. Elles sont habituellement d'origine traumatique secondaire à une chute : chute dans un grand trou d'eau et malheureusement les cuissardes peuvent se remplir d'eau et entraîner le pêcheur vers le fond, ou plus rarement en glissant sur un rocher ou déstabilisé par une vague, la tête peut heurter un objet lourd entraînant une perte de connaissance avec risque de se noyer si la tête est dans l'eau.

    LES ORAGES ET LA FOUDRE

    Malheureusement malgré tous les conseils d'utilisation des nouvelles cannes à pêche qui sont réalisées en matériaux très conducteur on retrouve encore des cas de foudroiement. Il est vivement déconseillé de pêcher par temps d'orage même si l'on dit que se sont des moments très propices, ainsi que de pêcher sous des lignes électriques.

    ELEMENTS DE PREVENTION ET DE TRAITREMENTS

    Des règles et conseils très simples permettent d'éviter le genre de désagréments cités ci dessus.

    Quelques conseils généraux :

    En ce qui concerne les problèmes ostéoarticulaires, tendinite et autres il faut rechercher le mauvais geste à l'origine de la tendinite et voir avec votre médecin pour l'utilisation d'un traitement anti inflammatoire en pommade ou par voie générale, éventuellement modifier la taille de la canne ou changer de matériel.

    La pathologie traumatique pure : pathologie traumatique de type entorse, luxation outre les traitements locaux votre médecin mettra une attelle, bandage ou vous orientera vers des spécialistes.

    La yathologie infectieuse : bien nettoyer chaque plaie au retour des sorties de pêche avec un alcool et un anti septique de type Bétadine. Pour l'hameçon s'il est enfoncé trop loin n'essayer pas de l'enlever tout seul, votre médecin le fera soit en incisant légèrement soit en coupant l'ardillon ou en faisant tourner l'hameçon.

    En cas de fièvre de malaise quelques jours après une sortie de pêche et s'il n'y a pas d'élément évident pour votre médecin pensez à lui mentionner vos sorties et le risque de certaines maladies infectieuses pour mettre en route un traitement antibiotique adapté le plus tôt possible.

    Pour les problèmes venimeux, là aussi il faut bien désinfecter la plaie, l'aspi venin peut être recommandé, en ce qui concerne la toxicité de certains poissons comme les vives les venins sont thermolabiles c'est à dire détruit par la chaleur d'où l'intérêt d'un briquet ou mieux d'une cigarette allume et d'approcher le bout incandescent près de la zone piqûre. D'autre part essayer de ne pas s'affoler !